mardi 10 janvier 2012

Entretien avec une bloggeuse

Bloggeuse et Illustratrice lyonnaise, Maureen Wingrove alias Diglee a su se faire une place dans le milieu de l’édition. Et  pour 2012, elle  fourmille de projets.

-          Quelles sont les prochaines BD prévues ?

En mars/avril 2012, le tome 2 d’"Une fille complètement gaga", qui sera comme le premier tome, composé des petites histoires du blog que je reprends avec des inédits. Et après j’ai un autre projet BD qui est pour le coup nouveau avec de nouveaux personnages et qui sortira un peu plus tard. J’ai un petit roman pour Rageot pour les 8/10ans. J’ai aussi un agenda à faire, et des commandes pub à droite à gauche.

-          Dans le nouveau projet BD les personnages seront-ils réels ou inventés ?

La nouvelle BD c’est un projet avec trois de mes amies. La brune, la blonde vraiment typique. C’est vraiment elles, c’est leurs prénoms, c’est leurs visages, c’est vraiment très très proche de leurs vies.

-          La future BD est-elle une demande des éditeurs ou une démarche personnelle ? 

Un mélange des deux, en fait j’ai publié dans Fluide.Glacial , un magazine, une BD à chaque numéro avec une héroïne qui revenait mais j’y avais pas vraiment réfléchi c’était au coup sur coup. Et la rédactrice en chef de ce magazine m’a dit que d’en faire un album serait une bonne idée, et puis j’ai laissé ça en suspens, car je n’avais pas du tout creusé le personnage, et je ne voyais pas ce que je pouvais en faire. Et puis après j’ai fait le lien avec ces amies que j’avais depuis longtemps envie de dessiner. Et maintenant j’ai hâte de m’y mettre. Mais j’ai hésité car on est depuis quelques temps dans la cible des critiques, avec le ras le bol général des trucs qu’on appelle ‘’girly’’, parce que si une fille raconte sa vie c’est girly. Mais on a plein de choses à dire qui ne sont pas au sujet des chaussures donc j’ai vraiment pris conscience de ça et puis je me suis dit allez j’y vais j’ai des trucs à raconter.

-          Pourquoi  continuer à poster des articles fréquemment sur le blog, alors que ce n’est pas rentable?

Maintenant c’est rentable, car mon blog est rémunéré avec un peu de publicité sur le côté et du coup en fonction du nombre de visiteurs que j’ai par jour ça me rapporte un petit peu d’argent.  Donc ça motive un peu surtout que j’ai beaucoup moins de temps que quand j’étais étudiante.  Mais il n’empêche que je poste beaucoup moins qu’avant.

-          Comment être arrivé à se démarquer des autres bloggeuses-illustratrices, qui sont de plus en plus nombreuses ?

Il y en a de plus en plus c’est vrai. Mais au moment où je suis arrivée, il y a 4/5 ans, on n’était pas beaucoup, il y avait Pénélope [Bagieu]  qui avait la place la plus convoitée, il y avait Laurel. Et c’était à peut près tout. Quand j’ai ouvert le mien on n’était pas nombreuses, donc c’est grâce à cela que j’ai pu trouver ma place.  Si j’avais fait la même chose maintenant, je pense que je serais passée totalement au travers. J’ai eu la chance de m'y mettre au bon moment.

-          Et pourquoi cette idée de blog à ce moment là ?

Au début c’était pour être un book, où je mettais mes travaux de l’école [Emile Cohl], ce n’était pas un journal intime, et puis après j’ai fait un premier post dans lequel j’ai raconté ma vie, et là les gens ont réagi en me demandant la suite. Et comme à l’école je n’arrivais pas à trouver un créneau qui me plaisait, pas vraiment mon univers, pas d’humour, le blog est devenu un petit défouloir.

-          Quand le premier blog a-t-il été ouvert ?

Je l’ai ouvert à la fin de ma deuxième année. Et encore, je l’ai ouvert, mais si on regarde mon personnage, il n’a rien à voir avec aujourd’hui. Et puis j’ai eu mes lunettes, qui m’ont aidé un peu à trouver mon personnage, mon image.

-          Es tu en lien avec les autres bloggeuses ?

On l’a beaucoup été au départ, elles m’ont énormément aidé. Il y a eu un système de marraine. Pénélope a été la première a relayer un de mes dessins Parce que j’avais participé à un de ses concours,  et cela m’a apporté beaucoup de nouveaux visiteurs sur mon blog. Il y a eu Laurel qui m’a donné plein de conseils Margaux on a été proches tout de suite, la preuve, elle a même fait une apparition dans mon livre où elle s’est dessinée.   En plus, il n’y a jamais eu de concurrences ou de rivalités.

-          Combien de retours environ par jour ?

Cela dépend du thème, des fois ça va s’envoler, et des fois non. Le nombre de visites est stables mais le nombre de commentaires pas du tout.

-           Combien de visiteurs sur le blog ?

Environ  7 000 personnes par jour.

-          Les commentaires vous influencent-ils  ?

 
Oui et non. Maintenant je les modère mais je les lis tous. Parce qu’à partir du moment où l’on dépasse un certain nombre de vues, il y a ce qu’on appelle des trolls, des personnes qui ne sont là que pour critiquer. Au début ça m’influençait beaucoup dans ce sens là, je n’osais pas parler de plein de choses parce que je savais que j’allais m’en prendre "plein la gueule". Mais à présent, je les ignore. Les commentaires gentils me font très plaisir mais les mauvais me touchent beaucoup moins.

-          Le blog [diglee.com] a un côté très ‘’mode’’, il y a souvent des articles qui parlent de vêtements, de chaussures : c’est volontaire ou non ?

C’est vrai que j’adore la mode en fait c’est bizarre parce que le milieu de la mode en lui-même je l’aime pas du tout, je n’aimerais pas y travailler, je trouve ça très dur. Mais par contre, les vêtements sont très importants pour moi. Sur le blog, ça apparait un peu en filigrane. Vu que je dessine des tenues, les gens disent que c’est un blog girly mode, alors que non je ne parle pas directement de mode. C’est plus malgré moi et pas un choix.

-           Et pourquoi ne pas devenir bloggeuse-mode ?

J’ai été tentée mais il y a trop d’inconvénients déjà ça prend beaucoup de temps. J’ai déjà du mal à tenir à jour mon blog de dessin. Et puis j’ai beaucoup de mal à montrer mon visage sur internet, c’est quelque chose que je n’aime pas. En plus, que je vois ce qu’elles se prennent comme reproches, je ne suis vraiment pas sûre, de vouloir m’infliger ça. Sur le blog de dessin je me dessine comme je veux et ça me va très bien. Mais j’y ai pensé parce qu’il y a aussi des avantages, des fringues gratuites, ou des bons de réduction.

-          Se mettre en scène en sachant que des milliers de personnes vont te voir, c’est embarrassant ou plutôt stimulant ?

Je choisis ce que je dis, ce qu’il y a sur le blog, ce n’est même pas 10% de ma vie. C’est une petite tranche que sélectionne et que je caricature, donc j’ai vraiment l’impression que c’est maitrisé. Je ne me livre pas dans l’intime

-          Depuis quand l’illustration s’est-elle imposé comme une vocation ?

 
Oula ça remonte à loin. J’ai voulu faire ça quand j’étais petite, ma maman travaillait dans la pub et collaborait avec des illustrateurs et m’en parlait souvent. J’ai retrouvé une dissertation que j’avais fait en 5ème où il fallait expliquer quel métier on voulait faire et pourquoi et c’était illustratrice, j’étais toute fière de connaitre le mot. Puis j’ai eu un passage à vide au lycée où j’ai voulu faire plein d’autres trucs qui n’avaient rien à voir comme doubleuse dessin animé ou scripte. Et à partir du moment où j’ai été prise à Emile Cohl, j’ai ouvert les yeux et j’ai compris que c’était ce que je voulais faire.

-          Ce sont les éditeurs qui sont venus te chercher, ou c’est toi qui a postulé ?

C’est là où j’ai eu de la chance, ce sont eux qui m’ont contactée grâce au blog. Quand j’étais en troisième année, le blog commençait à marcher un petit peu, à être un peu connu, et du coup  l'éditeur Fleurus m’a contacté pour des petits boulots et ensuite c’est allé tout seul. A partir du moment où il y a mon travail qui est publié, je profite  de la visibilité. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas eu à démarcher. J’ai vraiment eu beaucoup de chance.

-          Des participations à des festivals de BD ?
De temps en temps. J’ai fait pas mal de fois Angoulême mais ce sont mes éditeurs qui décident, c’est en fonction de mes actualités. Mais par contre, je vais à chaque festiblog [en septembre à Paris] depuis 4 ans. Et j'espère bien y retrouver toutes mes lectrices




Audrey, une des nouvelles héroïnes de la prochaine BD de Diglee à paraitre en mai 2012

Propos recueillis par Alexia Samuel

lundi 9 janvier 2012

Le végétal sublimé de Nicolas Roux dit Buisson


Au jardin botanique du parc de la tête d’or de Lyon, et plus précisément à l’Orangerie se tiens l’exposition du végétal sublimé de Nicolas Roux dit Buisson. En ce mercredi matin de novembre, seul un visiteur c’était déplacé pour l’évènement, c’est pourquoi, il a répondu aimablement à nos questions.


Ce photographe d’art contemporain expose ici depuis le 20 octobre. Le parc de la Tête d’or n’est pas un lieu choisi au hasard, en effet l’artiste justifie son choix en affirmant qu’il s’agit du cinquième plus grand parc botanique du monde. Ce n’est pas la première fois qu’il utilise ce thème floral, il a déjà exposé au Fouquet’s à Paris et a participé à la végétalisation des Champs Elysées au printemps 2010. Cela fait environ 5 ans que Nicolas Roux dit Buisson s’est spécialisé sur ce concept de la valorisation de la flore. Pour rentrer dans le bâtiment où se trouve l’exposition, il faut passer par un rideau sur lequel est imprimée une fleur à vertu hallucinogène : le Natura. Ce choix a été fait pour que les curieux soient comme hypnotisés lors de leurs visites.

Il utilise la citation de Dostoïevski pour justifier son travail « seule la beauté sauvera le monde », en effet il veut dévoiler au grand public la spécificité de chaque fleur. L’artiste est à la recherche d’un « choc émotionnel » chez les visiteurs. Toutes les fleurs photographiées racontent une histoire, comme le Camélia et la catastrophe de Fukushima. Cette variété ne poussera plus jamais là bas. Méconnue du monde occidental avant la période des croisades, la rose rouge depuis cette époque est devenue une fleur incontournable. Il essaye de créer un impact en combinant trois composantes bien distinctes, la fleur pour sa fragilité, l’eau pour la vie, et les bulles pour l’effervescence.
 Pour lui, c’est bien plus qu’une exposition, c’est avant tout un hommage aux jardiniers, « travailleurs de l’ombre ». Il leur manifeste du respect, car il est fasciné par leur dévouement pour leur passion. « Ces  êtres passionnés embellissent notre environnement ». Les jardiniers sont pour lui des puits de science. Le photographe est ouvert à son public c’est pourquoi, il tient à être présent pour témoigner de son travail et ainsi  répondre à d’éventuelles questions.
Nicolas Roux dit Buisson, n’affectionne pas une des ces œuvres plus qu’une autre. Le souvenir de chaque photo est pour lui un « moment de révélation exceptionnelle ». Afin de réaliser au mieux cette exposition, le photographe a perfectionné son travail pendant un an. Grace à la totale collaboration du parc de la tête d’or qui lui a donné carte blanche pour représenter au mieux les fleurs du jardin. Il a cherché à complexifier son œuvre pour qu’aucun de ses clichés ne se ressemblent. En raison de la courte durée de vie des fleurs, il lui a été difficile de mener à terme certains  clichés. Il compare son travail aux dieux grecs qui étaient représentés pour leurs perfections, c’est la même démarche qu’il a entretenu avec les fleurs.
Exceptionnellement l’exposition sera ouverte au public, le jeudi 8 décembre, premier soir de la fête des lumières.
Julie GOBILLOT
Alexia SAMUEL

mardi 3 janvier 2012

« Newsmotion n'est pas qu'un média, c'est aussi un laboratoire de l'info »


Thomas Seymat, diplomé de Science Po et jeune journaliste web, présente Newsmotion, ce nouveau média collaboratif qui impose une fois de plus Internet comme nouvel outil journalistique.



Qu'est ce que Newsmotion? 
Newsmotion.org est un projet fondé par un collectif de journalistes, scientifiques et artistes, pour créer un nouveau média en ligne. Le concept de Newsmotion, tel que je le comprends après mes discussions avec le fondateur Julian Rubinstein, est d'avoir sur la même page web du contenu original et exclusif produit par des journalistes (pigistes ou non) travaillant pour Newsmotion, mais aussi des colonnes où sont agrégées des flux d'infos (soit du texte avec des flux RSS soit des flux Twitter) classés en trois catégories : sources officielles (gouvernementales) "non-officielles" (organisations médiatiques) et citoyennes (individus & journalistes divers opérant sur le terrain). L'intérêt est d'avoir sur la même page toutes les informations nécessaires pour à la fois suivre un évènement (l'idée de Newsmotion est venue aux fondateurs au moment de la révolution égyptienne) avec des analyses et reportages originaux et de la discussion en ligne. 
L'équipe compte aussi, comme je l'ai dit, des artistes et des scientifiques donc Newsmotion n'est pas qu'un média, c'est aussi un laboratoire de l'info et un lieu de production de contenu destiné à traiter l'info de façon différente (artistique si l'on peut dire) et innovatrice pour le public (comme par exemple un projet de visualisation de données sur les roues de vélo) avec toujours comme idée de faire écho à des histoires peu ou pas couvertes dans les autres médias et travailler main dans la main avec l'audience pour que la couverture de l'actualité se nourrisse des sources citoyennes. C'est du journalisme citoyen, mais pas juste pour dire "envoyez nous des photos et votre témoignage"... 

Quel est le futur de Newsmotion ?
Il est encore un peu incertain - monter un nouveau média en temps de crise n'est pas chose aisée – mais il vient de s'éclaircir il y a quelques jours avec le succès de la campagne de levée de fonds collaborative qui a atteint et même dépassé son objectif de 35 000$ avec exactement 41 338$ donnés par 568 généreux internautes. Cette somme devrait permettre de lancer la version béta du site en ligne, ainsi que de permettre la production de quelques reportages dont un sur les causes du génocide au Rwanda. 
Pour le reste, je ne sais pas trop, n'étant pas dans les bureaux du site à Brooklyn (qui ne doivent vraiment pas être bien grands j'imagine, mais je n'y ai jamais mis les pieds). L’idée est quand même de lancer le site à la fin du premier trimestre 2012 et d'ici là d'avoir assuré un financement mixte avec de la pub, les dons de fondations et de Kickstarter (*site internet créé en 2009, ouvert à tous et qui finance des projets de création) et un système de contenu premium également.

Quelle est votre contribution à Newsmotion?
J'ai contacté Newsmotion en juillet 2011 dès que j'ai vu un premier article qui en parlait. J'étais tout particulièrement intéressé parce que le site souhaitait mettre en place un réseau de journalistes à l'étranger. Je n'ai pas hésité une seule seconde. Après un premier contact de ma part par email, j’ai eu une discussion de 45 minutes avec Julian Rubinstein sur Skype (*logiciel de messagerie et visioconférence).
Au cours de cette discussion et des suivantes, on a défini comment j'allais pouvoir aider Newsmotion : il y a toute une partie invisible de mon travail qui a été la création d'une base de données de sources francophones, que ce soit blogs ou comptes Twitter et qui servira à alimenter les flux sur le site. Entre temps, j'ai intégré l'équipe "médias sociaux" et je m'occupe du compte @Newsmotion_fr qui pour l'instant relaie des infos sur l'avancée du projet mais aussi sur d'autres infos en français qui tombent sous la ligne éditoriale du site. J'ai aussi essayé de mobiliser le Twitter francophone pour la levée de fonds collaborative - même si la culture du don est assez différente en France par rapport aux Etats-Unis.
J'ai réalisé ces deux missions de façon bénévole - d'une part parce que tous ceux qui travaillent pour le site sont bénévoles et d'autre part parce que j'ai foi - ou bon espoir - dans le potentiel du projet Newsmotion qui m'a plu dès le début. Une troisième mission m'attends, mais j'ai mis un point d'honneur à ce que celle-ci me soit rémunérée, c'est la traduction de l'anglais vers le français du site. Étant donné que le site veut se lancer dans 13 langues différentes (!), ils avaient besoin d'une série de journalistes étrangers pour leur équipe. 

Comment voyez-vous Internet pour le métier de journaliste? 
Je me définis principalement comme un journaliste web, donc mon point de vue est forcément partial. Je pense que l’on n’a pas commencé à mesurer dans sa totalité la portée transformatrice d'Internet sur le journalisme et cela n’est pas plus mal. Sous l'influence du web, le métier de journaliste peut évoluer comme le journaliste du Monde.fr qui bâtonne des dépêches d'agences toute la journée, le journaliste du Post.fr qui fait des articles pour coller le plus au buzz et chasser le clic, le journaliste d'Owni qui casse toutes les barrières entre données, programmation et journalisme, ou le pigiste qui, de sa chambre à Lyon peut être en contact avec toutes les rédactions parisiennes et ses sources de son article qu'elles soient au bout de sa rue ou à l'autre bout du monde. Internet ouvre un monde d'opportunités pour les journalistes.
Certains journalistes disent que rien ne remplace le terrain, ce qui me fait sourire parce que de ce que j'ai pu voir, 80 à 90% de la journée du journaliste se passent soit à son bureau, soit à des évènements que l'on peut difficilement qualifier de terrain comme des conférences de presse ou des interviews dans des restaurants etc. La seule limite d'Internet, c'était que le media « texte » n'est pas toujours suffisant pour donner une image correcte d'un évènement - mais avec Skype, les services de partage de photos, vidéos en ligne et autre, cette limite tend à disparaitre.  Je suis surement un peu naïf ou très optimiste quant à l'utilisation de la technologie, mais pour moi, du moment qu'une personne sur internet compile, hiérarchise, creuse un peu et va chercher de nouvelles informations sur un sujet d'actualité - en étant honnête et en ne se limitant pas à du commentaire - c'est du journalisme. 




Propos recueillis par Justine FONTAINE


dimanche 1 janvier 2012

                       Crise et restauration Lyonnaise


                         Depuis 2008, la France vit une crise sans précédant. 
            Celle-ci ébranle depuis plusieurs années différents secteurs de l’économie française et  
            notamment celui de la restauration. Lyon, capitale française de la gastronomie aurait 
            jusqu'à présent été épargnée par cette crise.               présent été épargnée par cette crise
       
   En s’éloignant du centre ville lyonnais et des bouchons bondés de la rue Mercière, c’est une toute autre réalité qui s’impose à nous : dans les quartiers les plus reculés  la plupart des salles sont vides, les restaurateurs attendent dehors, cigarette à la bouche, avec une certaine nervosité. Chaque jour la même question vient les hanter : combien va-t-on  assurer de couverts aujourd’hui ?

   « On est en négatif tous les mois. »
    Pour Laurent et Sandra, restaurateurs qui tiennent depuis 5 ans dans le 7ème arrondissement Le Mâchon Lyonnais, chaque jour représente « un nouveau combat ». Ce restaurant, petite entreprise familiale soutenue par une équipe de jeunes  en formation, connaît depuis la rentrée de septembre des moments difficiles qui se traduisent par une baisse du ticket moyen et de la trésorerie, des services du midi et du soir très aléatoires et une gestion du restaurant plus dure. Au lieu d’avoir une  gestion globale, ils doivent assumer une gestion au  jour le jour, « la routine n’existe pas, il faut s’adapter à la clientèle ». De plus, pour eux, ce n’est pas l’augmentation de la TVA qui pose problème mais l’augmentation des énergies : « Tous les frais EDF, GDF grimpent tous les ans. On nous demande de baisser nos prix mais celui des matières premières a augmenté. » Ce métier demande un grand sacrifice financier  « c’est qu’on fait beaucoup d’heure qui sont loin d’être payées. On est des artisans pas des  entrepreneurs ».  Lorsqu’on leur demande  s’il est vrai que les restaurants lyonnais furent longtemps épargné par la crise, ils répondent unanimement : « souvent quand on parle de restauration sur Lyon, on parle du triangle d’or c’est à dire de la Presqu’île, mais pas des restaurants de quartier. On est souvent oublié.» En plus d’être victimes de la crise, « au lieu d’en ressortir on a l’impression qu’on s’y enfonce »,  Laurent et Sandra sont aussi spectateurs de cette dernière : « elle est sans cesse présente dans le moral des gens et on le ressent. Les gens comptent : s’ils prennent une entrée ils ne prendront pas de dessert ou s’ils prennent un dessert ils ne prendront pas de café. » Si aujourd’hui ils arrivent à s’en sortir tant bien que mal, c’est grâce à leur volonté, à leur courage, mais aussi à leur clientèle du midi qui leur est restée fidèle. 

« On ne connait pas la crise. »
Dans les petites rues du 6ème  arrondissement,  Bruno est le gérant du restaurant Chez les garçons, qu’il surnomme avec amusement « mon quatrième enfant » car il s’agit de son quatrième restaurant. Ce « bistrot », dont la décoration excentrique est le reflet  même de son propriétaire, plonge immédiatement le client dans une atmosphère conviviale. Au centre de la salle, les yeux du client ne peuvent ignorer le gigantesque billard où reposent toutes sortes de desserts. Bruno ne connaît pas la crise. Son secret : jouer sur une clientèle d’habitués « on respecte le client, on le bichonne » mais aussi sur un bon rapport qualité/prix. Ce restaurant dont la cuisine gourmande et l’ambiance atypique sont les atouts principaux, accueille depuis 30 ans des clients qui continuent de venir régulièrement : « Les enfants, les petits enfants, tout le monde vient. » « Les clients qui viennent chez nous apprécient la bonne nourriture et les bons vins. Ils se sentent bien». Pour lui, ceux qui font leur travail correctement peuvent arriver à surmonter cette crise. « En période où on en entend parler, je pense qu’il faut que tout le monde participe. Ce n’est pas une mauvaise idée que la TVA augmente, compte tenu qu’elle n’augmente que d’un point et demi ce qui est un beau cadeau que nous fait l’Etat. Donc je conseils à tout les imbéciles qui crient au scandale de fermer leur claquets et de travailler. »                                                                                                                   

Sybile Morel.